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Nucléaire : la France casse sa tirelire ?

Où trouver l'argent pour financer les coûts pharamineux de la relance du nucléaire français ?

Curly Mac Toole & Hubert Reys pour le Clairon de l'Atax

Image réalisée par Iphigénie Atrides (avec le concours de raphael.app)

   Le 12 mars dernier, pour la première fois depuis son élection en 2017, le président de la République E. Macron, est allé visiter une centrale nucléaire. Il s’agissait du site EDF de Penly en Seine Maritime, où il est projeté de construire 2 des 6 nouveaux EPR2, prévus dans le cadre du plan de relance du nucléaire qu’il avait annoncé en février 2022. A cette occasion, le président avait convoqué sur place le cinquième conseil de politique nucléaire : à la fois pour célébrer la relance de l’atome, mais aussi pour préciser les modalités de financement des 6 futurs EPR2.


Des effets d’annonce à la réalité


   Le plan de relance du nucléaire annoncé dans l’effervescence de la campagne des présidentielles 2022, devait être selon E. Macron le ″chantier du siècle″ et renforcer la place de l’atome, déjà première source d’électricité en France. Mais le passage du discours aux actes a fait surgir de nombreux problèmes concrets, à commencer par la question du financement de ce plan.

   Nous avons montré dans notre article du mois de février dernier, intitulé « La décision de relance du nucléaire a-t-elle été suffisamment réfléchie ? » (*) que le coût de construction des 6 premiers EPR2, annoncé à 72,8 milliards €, semblait déjà largement sous-évalué, alors que certains experts estimaient un coût final avoisinant les 250 milliards €…

   Ce gap phénoménal s’expliquerait à la fois par une sous-évaluation du coût des travaux, par la non prise en compte de certaines procédures et surtout par la difficulté à trouver sur les marchés financiers des conditions de prêts compatibles avec la rentabilité de ces nouveaux équipements. Selon de nombreux experts, les taux d’intérêts demandés, compte tenu des incertitudes liées à ce type de chantier, seraient trop élevés et donc le montant des remboursements trop important, pour parvenir à un prix de vente de l’électricité produite compatible avec les prix du marché.


   Dans une telle situation, il ne resterait alors que 2 solutions : renoncer au plan de relance, ce qui est ″macroniquement impossible″ ou apporter un soutien financier de l’Etat, (par ailleurs réputé fortement endetté), au maître d’ouvrage EDF, lui-même endetté à hauteur de 51,5 milliards € fin 2025 (**). Mais un tel soutien, risquerait de contrevenir aux règles de libéralisation du marché de l’énergie, édictées par l’Union Européenne.


La Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) tire-lire des citoyens et vache à lait de l’Etat ?


   Cela faisait un an que le président Macron évoquait la possibilité de recourir, pour financer les 6 futurs EPR2, au Fonds d’Epargne de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) qui est un établissement public, . Le 10 mars dernier, lors de son discours d’ouverture du Sommet mondial sur le nucléaire civil qui réunissait à Billancourt une quarantaine de dirigeants mondiaux, politiques et financiers, il s’est adressé au public sur le mode « comediante ! tragediante ! » qu’il semble affectionner : « J’appelle chaque acteur public et privé à prendre sa part » (ndlr : dans le financement des nouveaux projets du plan de relance) « Nous devrions nous réveiller pour que les banques et les assurances aillent plus vers le nucléaire ».


   Encore faut-il que les projets soient crédibles ! Il est vrai que le contexte mondial actuel, notamment la situation de guerre au Moyen-Orient, met en lumière la fragilité des approvisionnements en pétrole et en gaz et joue en faveur du nucléaire.

   Déjà des institutions financières comme la Banque Mondiale avaient établi en juin 2025 un partenariat avec l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) pour soutenir l’utilisation responsable d‘une énergie sûre et sécurisée dans les pays en développement.     De son côté la BEI (Banque Européenne d’Investissement) a accordé en mars 2025 un prêt de 400 millions € sur 25 ans au groupe français ORANO, dans le cadre de ses activités d’enrichissement d’uranium. De son côté l’Union Européenne a toujours financé le nucléaire dans le cadre du traité Euratom signé en 1957. Pour l’avenir, la Commission européenne estime le besoin de financement du nucléaire à 241 milliards € : quelle serait la part du gâteau pour la France et pour financer quoi ?


   Malgré ce climat qui semble favorable au foncement d’un « nouveau nucléaire », le plan de relance français a besoin de certitudes, quant à la capacité des projets d’EDF à le réaliser dans les délais annoncés et dans des conditions techniquement satisfaisantes et financièrement équilibrées, ce qui n'est actuellement pas le cas.

   Alors pourquoi ne pas mobiliser les fonds d’épargne de la CDC ? Compte tenu de son statut d’établissement public, c’est une source de financement qui ne pourra rien refuser au gouvernement, même lorsque les investisseurs traditionnels font la fine bouche.


   La CDC gère une partie de l’épargne règlementée des Françaises et des Français. Celle-ci est centralisée dans un Fonds d’Epargne  qui gère 59,5% des dépôts sur les livrets A, LEP (Livret d’Épargne Populaire) et LDDS (Livret de Développement Durable et Solidaire). L’encours s’élève en mars 2026 entre 400 et 415 milliards €.

   Cette épargne est transformée en prêts à long terme, actuellement destinés pour la plus grande partie d’entre eux :

- Environ 75 % au logement social et à la politique de la ville

- Environ 25 % à des projets d’intérêt général ou à la transition écologique et énergétique


Les conditions d’emploi du Fonds d’Epargne de la CDC pour le financement du nucléaire restent floues


   C’est par un communiqué de l’Elysée, concomitant au Vème conseil de politique nucléaire tenu à Penly le 13 mars dernier, que l’annonce de l’emploi du Fonds d’Epargne de la CDC a été faite. Il s’agirait d’utiliser cette ressource pour octroyer des prêts bonifiés de longue durée afin d'atténuer le coût du financement des 6 EPR2 et de ramener ainsi le prix de vente de l’électricité produite à un niveau compatible à celui du marché. Le communiqué indique que ces prêts bonifiés pourraient financer jusqu’à 60% du montant total de l’opération, mais rien n’est dit sur le taux d’intérêt qui leur serait appliqué. Selon diverses estimations, à prendre avec prudence, cette mesure impliquerait un prélèvement sur le Fonds d’Epargne de 3 à 4 milliards € /an pendant une quinzaine d’années.


L’épargne règlementée : une source de financement du nucléaire soumise à diverses contraintes


   Il faut tout d’abord que la Commission européenne autorise cette aide qui tend à contrevenir au principe de la libéralisation du marché de l’énergie. Il faut ensuite disposer de garanties plus sérieuses quant à la bonne fin du plan de relance, que le flou sur les coûts de ce plan (non arrêtés), sur les délais de réalisation des EPR2 (Cf : le précédent des retards des EPR Flamanville, Hinckley Point, Olkiluoto), sur les arbitrages politiques incertains (prolongation du parc existant, réacteurs de 4ème génération, etc.), pour engager des financements garantis par l’Etat.


   La politique française en matière d’énergie nucléaire nécessite de la stabilité, de la continuité et de la détermination dans les choix engagés. Dans la confusion politique qui règne actuellement, ces conditions ne sont pas réunies. La relance du nucléaire en février 2022 apparait de plus en plus comme un effet d’annonce, sans préparation sérieuse, que la gouvernance actuelle essaye de faire coller à la réalité par toutes sortes d’expédients, dont le recours au Fond d’Epargne de la CDC. Pourtant d’autres emplois de cette ressource semblent plus urgents et indispensables, particulièrement dans le secteur du logement actuellement en crise grave, conformément aux missions traditionnelles du Fonds d’Epargne de la CDC.


Curly Mac Toole et Hubert Reys pour le Clairon de l’atx le 18/03/2026


(*)https://4246442.wixsite.com/le-clairon/a-la-une/la-d%C3%A9cision-de-relance-du-nucl%C3%A9aire-a-t-elle-%C3%A9t%C3%A9-suffisamment-r%C3%A9fl%C3%A9chie-%3F


(**) À la fin 2025, la dette financière nette d’EDF s’élève à environ 50,5 milliards d’euros, selon les rapports les plus récents de la Cour des comptes. Mais le besoin d’investissement est estimé pour la période 2025 à 2040 à environ 460 milliards € à la fois pour les travaux de prolongation du parc nucléaire existant et pour le plan de relance d’E. Macron.



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