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Vers la crise ?

   La France, engluée dans des batailles à court terme, menées dans un cadre institutionnel en décomposition, semble en manque de réflexion prospective. S’il est un domaine qui implique nécessairement cette réflexion c’est bien l’écologie, or la régression des préoccupations écologiques se remarque partout : dans les politiques actuellement menées en France, en Europe, dans le Monde. A défaut d’une pensée prospective qui se concrétise dans la durée, nous sous cramponnons aux mantras de la politique de l’offre, que les uns célèbrent et les autres rejettent.


   L’horizon politique semble limité à un terme de quelques années et même à cette échéance la planification, lorsqu’elle existe, vacille parfois dans son exécution entre des mesures contradictoires. La période est partout à l’incertitude, en France on en est à la stagnation et notre économie s’en ressent, C’est d’ailleurs ce ″climat″ qui chez nous permet à la droite et à l’extrême droite de faire leurs choux gras en promettant le retour à un ordre social « bleu blanc rouge ». Sommes-nous en cela si différents des hordes américaines gavées d’évangélisme MAGA ?

En matière d’économie les clignotants virent au rouge :

   Il n’est pas sûr que nous sachions tirer les leçons des crises passées. Près de 18 ans après la crise dite des « subprimes » qui a entraîné une grande récession de l’économie mondiale, il semble que nous soyons proches de l’éclatement d’une nouvelle bulle financière. Cette fois il ne s’agit plus de l’immobilier USA, mais des nouvelles technologies et particulièrement de l’IA (Intelligence artificielle). Dans ce domaine, le capitalisme technologique ″made in USA″ a mobilisé des sommes énormes dans des projets inovants, qui se comptent en milliers de milliards de dollars et dont tous ne s’avèreront pas rentables. Pour certains, c’est déjà le cas.

   Les analystes d’institutions financières réputées ″sérieuses″, comme la BCE, la BRI ou la FED (*) alertent sur une montée dangereuse des risques pris par les investisseurs et le système bancaire.

   Même pour des grandes entreprises US, leaders mondiales de la « tech », leur autofinancement ne suffit plus pour assurer les investissements pharaoniques déclenchés par la frénésie qui accompagne cette nouvelle rupture technologique de l'IA. Il s’agit de ne pas rater le train : alors quand l’autofinancement ne suffit pas, on emprunte. Si le coup s’avère gagnant, le service de la dette contractée est tolérable ; si c’est un "flop" c’est autre chose. De plus, dans l’écosystème de la tech, les financements sont souvent croisés. La faiblesse de l’un peut entrainer des réactions en chaîne…


   Mais un autre marché connait lui aussi une importante montée des risques : il s’agit du marché des dettes publiques. Les dettes souveraines, c’est-à-dire les engagements pris par les Etats, semblent constituer des actifs sûrs et leur émission, qui est en progression, attire en plus des organismes bancaires habituels, de nouveaux acteurs financiers comme des assureurs, des fonds de pension, mais aussi des fonds spéculatifs qui souvent recourrent à l'emprunt auprès des banques pour acquérir de la dette souveraine. Ainsi le risque pris par les banques est doublé, alors que la politique de baisse des taux d’intérêt voulue par Trump (contre l’avis du président de la FED) a semé le doute chez les investisseurs quant à la capacité des USA à maintenir la valeur de leurs obligations publiques !


Tandis que les risques de récession augmentent, les systèmes d’encadrement du risque bancaire s’affaiblissent


   Face à cette montée des risques liés à la bulle IA et au marché des dettes publiques (surtout le marché US dans le contexte actuel), la question de la capacité des banques à éponger des pertes importantes inquiète les autorités financières. Cette inquiétude est d’autant plus forte que les systèmes d’encadrement des risques pris par les banquiers et les financiers internationaux sont actuellement dérégulés par les pouvoirs politiques (alors que ceux-ci les avaient renforcés après la crise de 2008). Ce système d’encadrement qui s’appuie sur des normes internationales (cf. : convention Bâle 3 et directives européennes) impose entre autres des niveaux de fonds propres et des réserves de liquidités.

   Or, depuis le retour de Trump à la présidence, les Etats-Unis sont rentrés dans une phase de dérégulation et les effectifs des agences fédérales de supervision et de régulation ont été réduits de 30 %. Dans  ce nouveau contexte politique, les banques n’auront plus à augmenter leurs fonds propres en fonction de la situation et le rapport entre le capital détenu et les risque pris pourra même diminuer. Cette augmentation de la prise de risque des banques dans une période de bulle financière, s’accompagne de l’arrivée de nouveaux facteurs de risque, suite à la politique de Trump qui vise à développer des marchés volatiles et difficiles à contrôler liés aux cryptomonnaies.

   Dans ce qui ressemble à une fuite en avant de la politique économique menée par Trump, l’occurrence d’une crise majeure de l’économie américaine devient possible.


   Pour l’Europe qui ne pourrait qu’être entrainée par une crise financière US, les discours sont contradictoires. D’un côté des responsables d'institutions de régulation affirment qu’il n’est pas question de déréguler, de l’autre la BCE suivie par le Royaume Uni se sont engagés à assouplir les contraintes en capital imposées aux banques…


   Du côté de la Russie, l’économie ne se porte pas bien, le pays subit une inflation sévère qui cumule inflation par la demande et inflation par les coûts et ce sont les 145 milliards d annuels du budget de la défense qui constituent le moteur de son économie… l’arrêt de cette manne injectée dans l’économie, risque à court terme de déboucher sur un chaos financier avec une forte baisse du pouvoir d’achat des citoyens.


   Pour la Chine, le ralentissement de la croissance semble se poursuivre et les objectifs officiels d’un PIB à 5% n’on pas été atteints. Avec une consommation intérieure qui stagne, une déflation persistante, un marché immobilier toujours en crise, le « plus grand atelier du monde » peine à écouler sa production, freiné par les droits de douane et les restrictions imposés par Trump et autres.


   C’est dans ce contexte mondial instable qu’il faut évaluer les risques et les développements d’une éventuelle crise, provoquée par une défaillance de la finance américaine, pour laquelle Trump semble jouer le rôle de boute feu. Sa politique arrogante de prédation, visant à s’emparer de ressources hors du territoire actuel des Etats-Unis, peut se comprendre comme une tentative de compenser la fragilité économique actuelle des USA. Elle ne peut que se renforcer, si des signes d’affaiblissement de l’hégémonie des USA se confirmaient. Dans ce cas, les ingrédients seraient réunis pour passer d’une crise financière mondiale à un conflit armé généralisé.


Hubert Reys, pour le Clairon de l’Atax le 17/01/2026




(*) BCE = Banque Centrale Européenne ; BRI = Banque des Règlements internationaux ; FED = Réserve Fédérale des Etats Unis = Banque centrale

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