Municipales : lorsque le national étouffe le local
Nous sommes à une vingtaine de jours des élections municipales. On aurait pu imaginer qu’à une telle échéance les médias fourmillent d’informations et de débats sur les situations locales, comparent et commentent les propositions des uns et des autres, éclairent le public sur des enjeux qui le concernent directement, etc. La réalité est plutôt décevante : l’actualité nationale occupe quasiment tout le terrain de l’information.

Emouvoir une opinion impatiente
La mort d’un jeune néonazi des suites d’une bagarre, opposant le 12 février dernier un groupe de militants d’extrême droite à un groupe de militants d’extrême gauche, continue 10 jours plus tard, à faire les gros titres de l’actualité et à secouer le monde politique. On peut s’étonner de la persévérance par des médias habituellement plus labiles à épiloguer sur cet assassinat, alors que depuis 40 ans les violences mortelles à caractère politique (59 morts attribuées à l’extrême droite pour 6 à l’extrême gauche), n’ont jamais été exploitées avec autant d’insistance.
Ce qui change cette fois-ci, c’est la mise en spectacle de cet crime à coup de vérités ″alternatives″ mais aussi le rôle joué par la classe politique dans l’exploitation de l’évènement.
Dès le premier jour, on comprend que la mort scandaleuse de ce jeune homme n’est pas la question. Le lien présumé de ses assassins avec la France Insoumise est fait immédiatement par les milieux d’extrême droite, en l’absence de toute enquête policière et de toute information validée par les autorités compétentes. Mieux encore, la mise en accusation de LFI ne tarde pas à être reprise, avec plus ou moins de hargne, par la classe politique, puis de manière plus allusive par certaines personnalités du gouvernement et de la macronie. Celles-ci cautionnent ainsi, avec l’autorité que leur donne leur fonction, mais toujours sans la moindre preuve, la thèse de la responsabilité de LFI dans l’assassinat de Quentin Deranque.
Mais la curée n’est pas finie : surfant sur les passions ainsi déchainées dans l’opinion, le député d’extrême droite Ciotti propose à l’Assemblée Nationale d’observer une minute de silence en hommage au jeune néonazi. Et ça marche ! Sa proposition est validée par l’ensemble des groupes parlementaires, gauche comprise à l’exception de LIOT.
Avec toute l’autorité que lui confèrent ses fonctions de représentation de la Nation, l’Assemblée Nationale, vient par son hommage à un néofasciste, légitimer l’extrême droite et reléguer une partie de la gauche, désormais qualifiée d’extrême dans le quartier des pestiférés.
Pourquoi tant d’acharnement et de haine contre LFI ?
Il faut tout d’abord constater qu’il s’opère depuis plus d’un demi-siècle, une lente attrition d’un des piliers de la démocratie : l’Etat de droit. Schématiquement : la limitation de la disponibilité des ressources, associée à une démographie galopante, rendent l’accession à la richesse et la concentration du capital plus difficiles dans un cadre démocratique, fondé sur le respect de l’autre et la prise en compte des besoins élémentaires de l’être humain. En France, comme dans d’autres démocraties déjà anciennes aux traditions politiques bien établies, les partis de droite ou de gauche, orientés vers le service aux plus riches, éprouvent des difficultés croissantes à servir les exigences de leurs mandants, alors qu’en même temps ils tentent de maintenir juste ce qu’il faut d’équilibre social pour échapper à une crise majeure qui les mettrait définitivement hors-jeu.
Mais désormais les gouvernements successifs, de droite libérale ou de gauche sociale-libérale, n’arrivent plus à satisfaire leurs mandants. L’économie continue à régresser, le pays s’endette et même le jeune gandin zélateur de la ″Start up nation″ n’a pas pu tenir ses promesses : la réindustrialisation du pays ne se fait pas, les grands projets marquent le pas et la dette s’alourdit encore dans un contexte défavorable de concurrence mondiale. Il est temps pour le grand capital de trouver d’autres opérateurs politiques plus habiles et plus performants.
Le choix est vite fait : rien à espérer des partis de gouvernement de gauche ou de droite qui se fractionnent et se livrent à des guerres picrocholines d’appareils, tandis que l’instabilité de leurs lignes politiques renforce les désordres de l’économie.
Il ne reste alors que le Rassemblement National dont les votes au Parlement sont plutôt favorables aux plus riches, tout en maintenant l’illusion, aux yeux d’une part croissante de l’opinion, qu’il défend farouchement les intérêts des classes populaires. Ce talent dans la duplicité ne peut que servir les intérêts du grand capital.
Le RN, soutenu par les milliardaires et les médias qu’ils contrôlent, à réussi sa dédiabolisation, et passe désormais pour un parti politique ″normal″. De plus, ses succès électoraux et sondagiers le rendent attractif pour des partis de droite qui espèrent se refaire en s’alliant avec lui, tandis que d’autres formations politiques lui témoignent d’une indulgence complice.
Dans un tel contexte, LFI constitue à présent le seul obstacle sérieux à l’arrivée au pouvoir du RN. LFI, se définit comme un mouvement politique, humaniste, révolutionnaire et anticapitaliste. Dans toutes ses prises de position LFI qui suit une ligne politique constante et ferme, s’oppose au libéralisme et dénonce l’oligarchie capitaliste qui règne en France. Son programme, intitulé « L’Avenir en commun », établi avec le soutien et la coopération d’une partie importante du monde scientifique, notamment en ce qui concerne l’économie et l’environnement, préconise un changement radical dans un nouveau cadre institutionnel : la VIèmeRépublique.
Face à un tel adversaire, le RN qui peine à se doter d’un programme cohérent, ne fait pas le poids. Il s’agit donc pour les ultras riches de voler à son secours et d’abattre cet ennemi déclaré de l’oligarchie en place. Celle-ci s’y emploie depuis plusieurs années avec tous les moyens dont elle dispose et ne recule devant aucune manipulation de l’opinion.
Malgré cela, LFI reste un concurrent dangereux dans les sondages sur les intentions de vote aux présidentielles de 2027, l’affaire Quentin Deranque constitue alors une aubaine pour tenter d’achever ce mouvement.
Au plan local
Cette évolution à ″front renversé″ n’est pas sans conséquences au niveau local. Elle remet parfois en question les alliances entre partis, compte tenu des repositionnements nationaux. Dans cette confusion crépusculaire qui a saisi le monde politique, l’évolution des lignes politiques des partis (*) au gré des alliances, rend difficile la construction de programmes d’action crédibles et opérationnels. Ce manque de consistance au niveau national se répercute au niveau local. Ici et là, les programmes annoncés par les candidats des partis se limitent à des promesses sans réalité opérationnelle, bricolées en réponses aux demandes d’une population repérée comme électoralement favorable. Parfois le jeu des alliances est considéré comme plus important que la qualité et la cohérence d’un programme en commun.
Alors, il arrive qu’ en réaction à cette carence programmatique des partis politiques, le relais soit pris par des initiatives citoyennes. C’est le cas à Narbonne avec le mouvement citoyen « Nous Sommes Narbonne », qui présente un programme précis, solide et opérationnel, construit en commun et validé par les habitants au cours d’assemblées générales ouvertes.
Hubert Reys, pour le Clairon de l’Atax le 22/02/2026
(*) A l’exception d’LFI qui ne modifie pas son programme
