La guerre ? Pour quoi, pour qui, contre qui, comment ?
Après les 2 « grandes » guerres de 14/18, de 39/45 et la fin de l’Union Soviétique en 1991, nous avions amorcé le rêve irénique d’un monde désormais sans guerre, du moins sur notre sol. A l’abri de la formidable machine militaire américaine et sous l’ombrelle de notre dissuasion nucléaire, que pouvait-il nous arriver à nous Français ! D’ailleurs, suite aux « trente glorieuses » n’étions-nous pas redevenus une grande puissance, ce qui nous autorisait à jouer les cadors en Afrique et ailleurs ?

Et voici que la Russie a pris le relais de l’URSS en matière de menaces et que la Chine est devenue, conformément aux prédictions d’Alain Peyrefitte, une puissance capable de contester la suprématie économique et militaire des Etats Unis. Pire encore, nos ″amis américains″ se détournent progressivement de notre Union Européenne, que leurs leaders actuels trouvent encombrante et trop chipoteuse pour le bon business.
La Russie s’est mise en marche sous l’aiguillon de l’autocrate Poutine, déterminé à rétablir l’aire d’influence de l’URSS en Europe. Désormais les conflits, qui n’ont jamais cessé dans le monde, se déploient à nouveau, sous diverses formes, sur le sol européen : de la guerre hybride à la guerre tout court.
Alors, face aux régimes autoritaires qui menacent notre pays encore démocratique, la question des moyens de notre défense nous est posée avec de plus en plus d’insistance.
Somme nous prêts à la guerre ?
Dans les médias, particulièrement à la télé, les spéculations vont bon train. Des experts de diverses nature, universitaires, chercheurs, anciens militaires gradés, débattent de notre capacité à résister aux ⁿRussesⁿ. Le résultat n’est guère brillant : il en ressort qu’actuellement nous ne sommes pas prêts à faire face aux agressions dont nous pourrions, sous peu, être l’objet. Alors que le secrétaire général de l’OTAN parle d’une guerre de grande ampleur, déclenchée par Moscou, qui pourrait survenir en Europe dans les 5 prochaines années, il semble que pour y faire face, nous n’ayons, ni les moyens, ni les méthodes adaptées aux formes modernes de conflit armé. Pire encore, le recours ultime aux armes nucléaires de la France, seul pays de l’UE à en disposer, aurait perdu de son efficacité dissuasive.
Le réveil est difficile, après des années de sous-investissement, l’Europe, qui a perdu confiance dans le soutien militaire américain, a décrété un plan de réarmement à hauteur de 800 Milliards € sur 5 ans. Mais ce plan impacte différemment les économies des pays membres, d’autant plus que la question de la défense n’a pas uniquement une dimension militaire, mais concerne l’ensemble de la société.
La France est-elle prête ?
Si certains pays comme l’Allemagne avaient sous-investi dans leur défense, la France part de moins loin. Héritage de De Gaulle, le choix a été fait de conserver une indépendance stratégique en nous dotant de capacités autonomes : nucléaire, sous-marins missiles, avions, porte-avions, système de renseignements, etc. Comme l’expliquait un haut gradé à la télé, nous avions tout ce qu’il faut comme les américains mais en ″mini″, compte tenu de notre poids économique.
Pour arriver à une armée capable, avec les forces des autres pays de l’UE, « de soutenir un combat de haute intensité contre la Russie pendant plus de quatre-vingt-dix jours » [[selon l’avis de l’expert danois Olivier Schmitt]], il nous faudra plus de moyens, plus de soldats et plus de capacités industrielles.
Dans le droit fil de ce constat et en pleine campagne de coupes budgétaires, le budget de la Défense a été augmenté par le gouvernement Lecornu. Pour 2026 la dotation aux armées avait été accrue de 6,7 Mds € pour atteindre 57,1 Md € puis, sur décision d’E. Macron, chef des armées, abondée par une rallonge supplémentaire de 3,5 Mds € en 2026 et 3 Mds € en 2027.
Le souhait du chef de l’Etat est d’accentuer la progression des crédits accordés à l’armée dans le cadre de la Loi de programmation militaire (LPM) qui couvre la période 2024-20230 et de cibler un budget militaire de 68 Mds € /an en 2030. A titre de comparaison le budget du département de la défense US (DOB) est de 725,56 Mds € pour 2025.
Le gonflement des crédits militaires suffira-t-il pour moderniser l’armée et lui donner la taille nécessaire ?
L’adaptation de notre armée à un conflit de haute intensité nécessite à la fois des efforts qualitatifs et quantitatifs.
- Qualitatifs parce qu’il faut innover pour s’adapter aux conditions des guerres modernes. Ainsi nous n’avions pas prévu l’emploi massif des drones (maintenant une enveloppe de 5 Mds € leur est attribuée dans la LPM.
- Quantitatifs parce que si nous avons une industrie capable de développer l’essentiel des armements nécessaires, nous n’avons pas les rythmes de production nécessaires. Ainsi nous avons produit 60.000 obus en 2025, tandis que la Russie en produiait environ 4 millions…
Dans une telle situation la question des financements apparait cruciale, or les crédits de paiement nécessaires au règlement des dépenses des années précédents n’ont pas suivi : le reste à payer est actuellement estimé à 99 Mds € ! En conséquence les commandes à l’industrie de l’armement diminuent, voire sont gelées…le suivi des dépenses de l’armée reste flou : aurons-nous les moyens de payer notre reconversion militaire ?
En supposant que nous soyons capables d’opérer une sérieuse reconversion, nous ne pourrons faire face aux menaces des puissances de premier rang qu’en conjuguant nos efforts militaires de puissances moyennes et petites. Or l’anarchie qui règne au sein de l’UE, sans autorité politique centrale pleinement souveraine et placée au‑dessus des États, ne permet pas d’envisager une telle cohésion dans un avenir proche. A l’éparpillement politique des Etats de l’UE dont les positionnements varient quant à une menace de guerre et à son traitement, correspond l’éparpillement des armées. L’UE possède 27 armées différentes, avec leurs industries et programmes particuliers, souvent concurrents. Cela se traduit notamment par des séries réduites de matériels militaires dont les coûts ne sont pas compétitifs. De plus les règles de financement de l’UE incitent chaque pays contributeur à récupérer sa contribution en subventions pour sa propre industrie. Enfin, la programmation militaire que l’on pourrait considérer comme d’intérêt public, se trouve souvent confrontée aux intérêts des actionnaires des industries d’armement, où la concurrence prend le pas sur la coopération.
Dans de telles condition, il est difficile de croire que l’UE sera capable, dans les prochaines années, de résister seule à une guerre de haute intensité menée par la Russie.
Nous ne sommes pas prêts : il ne nous reste plus qu’à espérer en les talents de notre diplomatie.
Nous ne sommes pas prêts comme en 1939. Les souvenirs de mon père me reviennent en mémoire. Stationné à Bure (Aine) il commandait une escouade de 12 soldats dans un fortin inachevé et disposait d’un revolver d’ordonnance, de 12 fusils Lebel modèle 1886, de 32 cartouches et d’un canon sans obus. Il fut fait prisonnier le 15 mai 1940, 5 jours après l’invasion du territoire français par l’armée allemande.
Hubert Reys, pour le Clairon de l’Atax le 18/12/2025
