Orano-Malvési jette l’éponge et abandonne le projet TDN d’incinérateur de déchets radioactifs nitratés
Un communiqué des associations RUBRESUS et COL.E.R.E qui raconte l'histoire d'une lutte contre un projet menaçant la santé d'une population

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Les associations RUBRESUS et COL.E.R.E ont l’immense satisfaction de révéler la plus surprenante des informations : Orano Malvési abandonne le traitement du stock de déchets radioactifs nitratés TDN après une décennie d’instruction chaotique du projet TDN THOR. Cela a été annoncé le 13 janvier 2026 devant la Commission de Suivi du Site en sous-préfecture en réponse à une question de A. Bories, représentant des associations COLERE- RUBRESUS. Nous partageons le formidable succès patiemment et laborieusement construit dans la lutte menée avec la population et les acteurs du territoire qui nous ont portés tout au long de cette dernière décennie. Afin de savourer pleinement la retentissante victoire de tous ceux qui y ont contribué, nous retraçons ci-après quelques grands moments et hauts faits, bien qu’il soit difficile de résumer 10 années d’une épique lutte multiforme.
TDN : c’était quoi et pourquoi
Le site nucléaire narbonnais Malvési crée en 1959 a purifié et transformé plus de 500 000 tonnes d’uranium et a stocké depuis des déchets liquides nitratés et contaminés en bassins à ciel ouvert qui s’étendent aujourd’hui sur environ 200 000 m2 (20 ha) et contiennent 400 000 m3 de déchets concentrés à haut potentiel polluant. Dans le cadre du plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) l’ASN avait demandé à Orano (ex AREVA) Malvési de traiter les déchets stockés en vue de supprimer les bassins. Fin 2015, une demande d’autorisation d’exploitation du traitement des déchets radioactifs nitratés TDN était déposée. Les risques environnementaux de ce gigantesque stock de déchets en bassins perchés dans les vestiges d’une ancienne mine étaient avancés comme justification du projet TDN.
Le projet TDN faisait appel à un procédé thermochimique complexe (licence THOR) qui détruisait, « brûlait », les nitrates par combustion de charbon bitumineux dans un four à 800°C sous oxygène et hydrogène. Parallèlement, une forte quantité de poudre d’argile était incorporée dans le four (lit fluidisé gazeux) en vue de retenir les substances radioactives des déchets ainsi que ses autres constituants (éléments métalliques et minéraux). Après filtration du flux argilo-gazeux et traitement catalytique des oxydes d’azote NOx et d’oxydation thermique, les produits résiduels de combustion du charbon et des nitrates ainsi que des poussières étaient rejetés via une cheminée de 32 m dans l’air narbonnais. Bien que la communication AREVA- Orano ait largement annoncé que les rejets étaient de la vapeur d’eau, le profil chimique et les flux des substances rejetées à l’atmosphère mentionnés dans la demande d’autorisation s’apparentaient à ceux d’un gros incinérateur d’ordure ménagères d’une agglomération de 200. 000 habitants, doublés de rejets de composés spécifiques aux déchets traités (éléments radioactifs) et au procédé TDN THOR (composés organiques volatils).
Un rejet populaire et solidaire par le territoire narbonnais
L’enquête publique effectuée à la fin de l’été 2016, en pleine rentrée et vendanges, se serait déroulée dans une quasi indifférence et méconnaissance des réels enjeux environnementaux du projet si l’association RUBRESUS toujours vigilante et perspicace n’avait émis le seul avis défavorable à TDN et argumenté. S’en est immédiatement suivi un relai via des acteurs associatifs et une mobilisation populaire sans précédent dès 2017 qui de réunions publiques en rassemblements place de la mairie et défilés sans fin sur les boulevards de Narbonne sous l’ardeur du Collectif Familles Papillons allaient réunir de milliers de personnes opposées au TDN THOR. Narbonne n’a jamais connu d’événements d’une telle ampleur sur des problématiques environnementales. La mobilisation a bien évidemment fait appel à des pétitions parcourant les communes du Narbonnais, accompagnées de pétitions en ligne, signées par des milliers de citoyens et prolongées par une pétition auprès du parlement européen portée par les citoyens européens soucieux d’un cadre de vie sain en Narbonnaise. Des personnalités de premier plan : Pierre Richard, Gérard Bertrand et bien d’autres nous ont apportés leur précieux soutien et permis une audience élargie du mouvement. La filière vinicole (Comité Interprofessionnel des Vins du Languedoc) a mandaté des contre-expertises sur les impacts du projet TDN menées avec des sommités scientifiques reconnues dans les domaines de la technologie du procédé, des impacts environnementaux, sanitaires, économiques. La filière tourisme est également intervenue activement dès le début. La solidarité du territoire narbonnais s’est aussi exprimée par l’organisation d’évènements caritatifs associant des spectacles avec le chœur des Fernande, Coursan, et la participation très appréciée et unanime des vignerons de Clape et du Narbonnais. Toutes ces belles initiatives ont construit un ciment territorial résistant aux épreuves et au temps.
Des armes scientifiques et juridiques en opposition à TDN
Détonateur de l’opposition au four TDN dès l’enquête publique, RUBRESUS n’a cessé d’animer scientifiquement les débats en explorant les nombreux dossiers du projet, en élaborant des rapports scientifiques et techniques et en participant à des conférences (préfecture/CoDERST, Mairie Narbonne, Commission Nationale du Débat Public,). Les incertitudes et fragilité technologiques du procédé TDN THOR, la nature de polluants variés susceptibles d’être rejetés (produits de combustion, substances radioactives), leurs impacts environnementaux et sanitaires ont été clairement expliqués. Ces solides bases ont permis de contester point par point les éléments de l’active communication d’Orano virant à une propagande massive étalée par pages dans la presse quotidienne locale.
Grâce au formidable accueil reçu lors des campagnes de collecte de fonds (cagnottes en ligne, dons, mécénat) les associations RUBRESUS et COL.E.R.E ont pu engager dès 2018 des recours juridiques envers l’arrêté préfectoral d’autorisation d’exploitation avec le concours d’un des plus grands cabinets d’avocats en droit de l’environnement, ainsi qu’envers le permis de construire. Ces démarches ont abouti en 2022 à la suspension de l’arrêté préfectoral pour cause d’irrégularités constatées par la Cour Administrative d’Appel de Marseille et à une seconde enquête publique. L’instance juridique a ensuite estimé que les modifications et compléments apportés lui permettait de valider le nouvel arrêté préfectoral d’autorisation en 2023. La procédure juridique a été poursuivie par les deux associations par pourvois devant le Conseil d’Etat. Son jugement en faveur de l’autorisation d’exploitation TDN a été prononcé en octobre 2025.
Une instruction chaotique
La demande d’autorisation présentée fin 2015 a suivi un parcours chaotique pour se solder par l’abandon du projet en 2026 : 2 procédures d’enquête publique, deux arrêtés préfectoraux d’autorisation d’exploitation et recours juridiques jusqu’au plus haut niveau. Il convient de rappeler que la seconde enquête publique a recueilli près de 500 avis défavorables, ce que le commissaire enquêteur n’avait jamais vu. Les oppositions au projet ont su mettre en évidence les points faibles et impacts néfastes du traitement TDN. Nos solides recours juridiques ont longtemps repoussé la prise de décision de réalisation de l’installation. Au bout des procédures juridiques, Orano s’est enfin aperçu du profond décalage entre son projet TDN d’un autre temps et les enjeux environnementaux et sociétaux actuels et à venir pour finalement abdiquer à réaliser son coûteux projet TDN (environ 100 millions €).
Les dindons de ... TDN
L’obtention de l’autorisation du projet TDN auprès des autorités (préfet, DREAL) s’est forgée à partir d’avis favorables d’experts, de personnalités locales et d’élus. La justification du projet TDN a été axée sur la nécessité d’éliminer le gigantesque stock de déchets liquides à haut potentiel polluant présents dans des bassins exposés à des risques climatiques et environnementaux. L’avis favorable émis par une personnalité écologiste locale à propos du traitement thermochimique TDN, avis qui a d’ailleurs surpris le commissaire enquêteur lors de l’enquête publique en 2016, réitéré en commission CoDERSTa fait pencher la balance. De même, les avis du président de la communauté d’agglomération narbonnais et d’autres élus de communes riveraines et de la communauté d’agglomération se sont alignés sur la thèse de l’urgence à éliminer les déchets en bassins par le traitement TDN. On comprend l’embarras et la position délicate de ceux qui ont pointé du doigt les risques des bassins pour justifier TDN et qui aujourd’hui sont abandonnés et miss devant le fait accompli de l’extension substantielle des bassins sans aucune solution de traitement à la clé. En effet, la volte-face d’Orano par l’annonce de l’abandon du projet TDN a été discrètement précédée d’une nouvelle autorisation préfectorale 25 juillet 2025 de rehausse des digues de bassins existants augmentant significativement la capacité de stockage de produits liquides de 32% en la portant de 451 000 à 596 000 m3. Cela, sans enquête publique ni publicité.
L’autorisation du traitement TDN THOR a été octroyée notamment sur la foi d’un expert, professeur Université Strasbourg/CNRS, choisi par le préfet, qui a affirmé la faisabilité et la fiabilité du procédé TDN THOR. Une autre expertise sur les impacts sanitaires du traitement a été confiée à l’IRSN et semblait plus réservée quant à l’innocuité de rejet de certains polluants. L’abandon du projet TDN semble aujourd’hui motivée par la prise en compte tardive de l’opposition de la population face aux impacts environnementaux et sanitaires, des consommations massives de ressources (eau, énergie carbonée, réactifs chimiques) et peut-être d’incertitudes de la fiabilité du procédé voire des coûts très élevés d’investissement et d’exploitation du traitement TDN. Tous ces points ont déjà été développés par RUBRESUS. Le renoncement au projet TDN pourrait être perçu comme un désaveu voire une éventuelle décrédibilisation des experts, autorités et instances qui se sont engagé en faveur de TDN..
En prolongement des interrogations sur l’indépendance d’experts ou personnes qualifiées, la parfaite harmonie qui règne au sein de l’observatoire des rejets entre représentant écologiste nommé, Orano, préfecture n’a pas levé nos doutes, notamment après l’absence de réaction à l’abandon de TDN dont ces responsables étaient favorables à sa réalisation ni quant à l’extension significative de la quantité de déchets liquides accumulés dans les bassins dont ils dénonçaient les risques.
Les magistrats à tous les niveaux des juridictions qui ont dû recourir à des analyses particulièrement approfondies des requêtes des associations RUBRESUS et COL.E.R.E et des mémoires d’Orano et du préfet n’ont pas été finalement récompensés de leur ardeur à attester la légalité de l’autorisation définitive du projet TDN sitôt mis au placard.
Rendre à César ... les honneurs d’avoir dit NON à TDN
D’autres élus et représentants ont su se lever pour dire NON à TDN. Les élus du Conseil Départemental ont émis un avis défavorable tout comme la Chambre d’Agriculture de l’Aude devant de CoDERST en 2018 où il n’a manqué qu’une voix contre TDN ... Après avoir invité RUBRESUS à exposer ses arguments devant le Conseil Municipal, le maire de Narbonne s’est prononcé en défaveur du projet TDN (avis consultatif) lors du second CoDERST en 2022. Rappelons les contre-expertises présentées par d’éminents scientifiques ainsi que l’opposition des instances professionnelles de la filière vinicole. Le renoncement d’Orano au projet TDN est à mettre au crédit des résistants à TDN.
Et maintenant ...
Après l’abandon de TDN et sans autre solution de traitement applicable, Orano va continuer le remplissage des bassins de stockage durant des années encore, peut-être plus, le temps de nouvelles études et de validation d’un hypothétique nouveau procédé. Les recommandations émises dans le cadre du PNGMDR n’ont pas été respectées à ce jour. Que vont faire les autorités et tous les fervents supporter de TDN face au sur-remplissage inexorable des bassins dont ils redoutaient tant les risques ?a légalité de l’autorisation définitive du projet TDN sitôt mis au placard.
Pour les 2 associations Joelle Blanc & André Bories le 1er février 2026
