Nucléaire : sommes-nous encore capables de réaliser de grands projets ?
Après les dérapages financiers et les retards dans la réalisation des EPR de Flamanville, d’Olkiluoto, et de Hinckley Point c’est un projet concernant une autre partie de la filière nucléaire française, qui est à son tour l’objet de dérapages. Il s’agit du projet CIGEO, le centre d’enfouissement des déchets les plus dangereux produits par l’industrie nucléaire française.

Marianne rependant les billets (Image Iphigénie Arides)
Le projet CIGEO (Centre Industriel de Stockage Géologique)
Il vise à stocker sous terre les déchets radioactifs de haute activité moyenne activité à vie longue, dans des couches géologiques profondes et réputées stable.
En 2016 EDF et AREVA, les principaux financeurs de ce projet, estimaient son coût à 20 milliards €, chiffre remis en question par l’ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des déchets radioactifs) qui prévoyait un coût pouvant atteindre 43,6 Mds €. Finalement Ségolène Royal, la ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie de l’époque, fixait par arrêté à 25 Mds € le coût total de l’opération, pour une période de 140 ans à partir de 2016.
Désormais un autre arrêté, co-signé le 30 mars 2026 par Roland Lescure, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique ainsi que Maud Brégeon, ministre déléguée auprès du Premier ministre, porte-parole du Gouvernement, et auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, chargée de l'énergie, (ouf !) fixe à 37,02 Mds € le coût total de l’opération (conception, construction, exploitation de Cigéo, ainsi que les charges liées aux assurances, impôts et taxes).
Il s’agit du montant maximum prévu dans le nouveau chiffrage du projet, effectué par l’ANDRA et remis au gouvernement en mai 2025. Mais attention, l’ANDRA précisait que ce chiffrage « est exprimé aux conditions économiques de 2012, ce qui correspond aujourd'hui [...] à 46 Mds € exprimé en euros 2025. »
CIGEO, un dérapage parmi d’autres exemples :
Les projets ″achevés″ ou en cours de réalisation
- EPR Flamanville : coût initial était estimé à 3,3 Mds €, coût actuel réévalué à 23,7 Mds € soit > 7 fois l‘estimation initiale. Actuellement en cours de mise en service avec 12 ans de retard.
- EPR d’Olkiluoto en Finlande(Maitrise d’œuvre AREVA) : coût initial était estimé à 3,37 Mds €, coût final est d'environ 11 Mds €, soit > 3 fois estimation initiale. Mise en service commercial avec 13 ans de retard par rapport à la date initialement prévue.
- Les 2 EPR d’Hinckley Point en Angleterre (Maitrise d’œuvre EDF) : coût initial était estimé à environ 20,5 Mds €, coût actuel estimé entre 40 et 55 Mds €selon les sources. Mise en service du premier réacteur initialement prévue pour 2025, est repoussée à 2030.
Les projets en cours de définition du Plan de relance du nucléaire d’E. Macron (2022)
- Coût des 6 premiers EPR 2 : estimé par EDF à 51,7 Mds € en 2022, réajusté à 67,4 Mds € fin 2023, rehaussé à 72,8 Mds en décembre 2025.
- Pour la Cour des Comptes, le cout doit être rehaussé à 79,9 Mds € (en euros 2023), en incluant l’inflation et les risques identifiés…
- Pour le Magazine « Alternatives Economiques » ce coût passerait à 85 Mds € (en euros 2025)
Mais le même magazine, dans un articler de mars 2026 intitulé : « Nucléaire : Enquête sur le vrai coût des futurs EPR » estime qu’en tenant compte de l’évolution du prix du marché de l’électricité et en additionnant tous les coûts qui n’ont pas été pris actuellement en compte (notamment les taux d’intérêts des emprunts), la facture des 6 EPR2 pourrait passer des 72,8 milliards € annoncés par EDF, à près de 250 milliards €, ce qui rendrait invendable l’électricité produite.
Une facture salée qui va payer ?
Lorsque l’on additionne les 460 Mds € nécessaires, selon la Cour des comptes pour prolonger au-delà de 60 ans la durée de vie des 57 réacteurs nucléaires français, les 250 Mds € de la tranche des 6 EPR2, les 46 Mds € de CIGEO etles 1,25 Mds€ estimés pour le projet de construction d’une nouvelle piscine de stockage du combustible nucléaire usé à La Hague on se trouve devant un besoin de financement de près de 757 Mds € (soit à titre de comparaison environ 43,6 % de la dépense publique prévue pour 2026).
Qui va payer, sachant qu’EDF est endettée en février 2026 à hauteur de 51,5 Mds € et qu’elle est de détenue à 100% par l’Etat suite à sa renationalisation en 2023, lequel Etat est lui-même endetté à hauteur de 3500 Mds € ?
Ne vaudrait-il pas mieux investir dans les énergies renouvelables qui mobilisent des financements plus souples et plus en rapport avec les capacités de la France, puissance économique moyenne ?
Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 21/04/2026


