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Malvési : un livre de Sébastien Navarro aux éditions du Bout de la Ville

Quelle histoire ! Chaque page donne une irrésistible envie de lire la suivante !

Redaction du Clairon

Couverture et 4ème du livre (image HR)

Malvési

   « On dit que le nucléaire c’est l’énergie du capital. Voilà à quoi on s’attaque ! » s’exclame Hervé, militant de Sortir du nucléaire, au sujet de l’usine de Malvési. En 2022, Sébastien Navarro est venu enquêter du côté de Narbonne avec l’idée de faire un portrait de l’usine de Malvési à travers la bouche de celles et ceux qui la combattent. Quatre ans plus tard, Malvési se lit comme un polar et le lecteur prend connaissance de l’empreinte sanitaire de ce site chimico-nucléaire. « Discrétion », tel pourrait être le maître-mot qualifiant cette usine sise à moins de trois kilomètres du cœur de Narbonne tant son identification reste mal connue, y compris des résidents de la ville. Et pourtant c’est dès les lendemains de la Ve République, soit en 1959, que l’usine commence ses activités de raffinage et de conversion d’uranium. Des opérations essentielles pour que le minerai soit ensuite enrichi sur le site duTricastin (Drôme). Il est dit qu’un quart de l’uranium mondial passe ainsi les portes narbonnaises !


   Las, à l’instar de toute la chaîne du nucléaire, les activités chimiques de Malvési génèrent des déchets impossibles à retraiter. En clair, depuis 1959, tout est conservé sur place, dans d’immenses bassins de décantation et d’évaporation. Soit 350 000 mètres cubes d’effluents liquides radioactifs. Bien entendu, au départ et ce pendant des décennies, les mesures sanitaires étaient totalement absentes : aucun travaux d’étanchéité n’avait été anticipé. Quand on sait que sous l’usine se trouve une nappe phréatique alimentant le village de Moussan et que la plaine de Livière est quadrillée des canaux traversant Narbonne avant de se jeter dans l’étang de Bages, on a de quoi s’inquiéter. À juste titre, car tout le biotope entourant l’usine est gavé d’uranium dans des quantités hors normes : l’eau, l’air, la terre, les végétaux. Les humains ? Des statistiques indiquent une incidence anormale du cancer du poumon à Narbonne. Aucune enquête sanitaire n’ayant été diligentée pour en déterminer les causes, le flou demeure. Sachant le lien entre uranium et cancer du poumon, on aurait cependant des pistes vers où chercher…


   C’est ce tableau désastreux, vu comme une guerre de basse intensité faite au vivant, que permettent de comprendre les témoignages du chimiste pugnace André, de l’infatigable Hervé membre de SDN 11 ou de Michel ancien travailleur irradié et malade d’une leucémie. Mêlant travail d’enquête et sombre poétique, Malvési s’avale d’une traite comme un petit noir. En quelques 160 pages, on suit un narrateur dépassé par son sujet, englué dans la mathématique bourbeuse des nucléocrates, tournant autour de la « Citadelle » tél le personnage de Kafka autour de son « Château ». « Nous vous devons plus que la lumière ! », les pubards d’EDF n’ont pas tort : on leur doit aussi les mensonges produits de manière industrielle par les tenants de l’atome. En 2004, suite à des pluies torrentielles, la digue d’un bassin historique cède et libère des boues contaminées chez des riverains. L’analyse d’échantillons par la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité mettra à jour la présence, entre autre, de plutonium, élément totalement incompatible avec le traitement d’uranium naturel. Pris les doigts dans le pot de confiture irradiée, la direction de Malvési admettra avoir traité en douce du combustible usagé pendant plus de vingt ans !


   Ici se résume le cœur en fusion de cette usine, entre mensonge, mépris des règles élémentaires de transparence et saccage environnemental et humain.


Commentaires (1)
Noté 5 étoiles sur 5.
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vital
-4 j
Noté 5 étoiles sur 5.

très bon bouquin, authentique, je l'ai lu dans la journée !

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