Littérature : TERRE SOMNAMBULE
Un vieil homme et un enfant marchent sur une route déserte du Mozambique

Editions Métaillié, parution 10/01/2025 : 256 pages
Un livre prodigieux !
Gilles Deleuze, à qui on demandait d ‘expliquer la notion de « concept « répondait « quelque chose de neuf ». Eh bien voilà ! « Terre somnambule « instaure une nouvelle façon d’écrire ! Mia Couto invente une langue ; et c ‘est prodigieux. Dès lors, peu m’importe les confusions du récit, en lisant, je deviens « terre somnambule ».
Langue hybride, pollinisée par les parlers mozambicains, qui s’épanouit en un français « désidiomisé ». La langue de Mia Couto peut être ainsi considérée comme un véritable hapax.
Les ressorts de cette distorsion langagière sont multiples : Jeux sur la polysémie : « Dans ce pays, la guerre avait mort la route » ; jeux avec les préfixes ; ‘ je déréussis à comprendre ».
Substantivisation des verbes ou morphologisation des substantifs : « Murdingo s’était enfantiné »…
Mia Couto nous replonge dans une langue originelle, langue - d’avant la langue, pré-langage fondateur.
Bien sûr, cette langue est aussi celle de l’Afrique. Elle en évoque les sortilèges, les devins, le panthéisme et cette porosité entre la vie et la mort. On songe à Mabankou ; avec une dimension peut être plus épique.
Le roman, se faisant, déroule un récit enchâssé. L’histoire du petit Muidingo et du vieil homme Tuahir encadre celle de Kindsu , révélé par ses cahiers, avec un jeu d’échos entre les deux.
Certes, le récit est foisonnant, parfois brouillon, mais le livre reste ; à mes yeux, une mirifique découverte.
Magali Dellaporta pour le Clairon de l’Atax le 31/01/2026
