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Inondations à Narbonne : un communiqué de RUBRESUS

L'épisode de pluie bienfaitrice 17-19 janvier nous a littéralement submergés au vu des articles de presse rapportant les versions officielles des autorités et responsables sans aller plus loin sur des dysfonctionnements observés.

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L'association RUBRESUS exerce une vigilance toute particulère aux questions environnementales qui concernent la Narbonnaise. Nous publions ici son communiqué diffusé suite à l'épisode pluvieux du 18 au 20 janvier dernier.

La rédaction


Communiqué de l’association RUBRESUS


Orano Malvési, Bioterra : débordements de toutes parts ...


   Lors de l’épisode pluvieux qui a bienheureusement arrosé la basse vallée de l’Aude entre le 17 et 20 janvier 2026 des bassins d’eaux d’installations industrielles classées pour la protection del’environnement (ICPE) trop remplis ont provoqué de rejets intempestifs d’eaux non traitées dans le milieu naturel. Or, l’intensité du phénomène n’avait rien d’exceptionnel (200 mm en 3 jours) au regard d’évènements passés et s’inscrivait dans les mesures qui encadrent les activités de ces sites ainsi que dans les dispositions générales des plans de prévention (PPRI, 300 mm/24h). 

   Les versions officielles des rejets et débordements des bassins présentées dans la presse ou dans les dispositions prises par les autorités n’expliquent pas les causes des dysfonctionnements et soulèvent beaucoup d’interrogations quant à la maîtrise des eaux tant par les autorités que par les industriels. Devant la haute sensibilité de ces rejets industriels vis à vis de l’environnement mais aussi du silence assourdissant de personnalités écologistes du coin et des élus locaux dans le giron de Malvési, l’association RUBRESUS toujours vigilante sur les atteintes à l’environnement dans la basse vallée de l’Aude et toujours soucieuse de transparence et de vérité revient ici sur ces surprenants couacs environnementaux et réglementaires qui se sont produits et peuvent se répéter.

   On remarquera tout d’abord que des week-ends, périodes de moindres disponibilités et vigilance, ont souvent été fatidiques : catastrophes 11-13 novembre 1999, 15-16 octobre 2018, intempéries 17-19 janvier 2026, ...


Que s’est-il passé à Orano Malvési ?


   Dès le dimanche 18 janvier, soit au début de l’épisode, des bassins de traitement des eaux pluviales du site Orano Malévsi étaient déjà pleins ce qui a amené Orano avec l’accord des autorités à des rejets improvisés d’eaux non traitées vers le milieu naturel récepteur (L’indépendant du 24 janvier). "Les prélèvements ont démontré que les rejets d’eaux pluviales restent dans les limites de concentration" : la préfecture de l’Aude demande à Orano une "surveillance renforcée" après l’épisode méditerranéen - lindependant.fr


   Le Plan d’Opération Interne (POI) a été déclenché le lundi 19 janvier au matin en concertation avec DREAL et SDIS et un arrêté préfectoral d’autorisation des rejets d’eaux pluviales non traitées a été publié le mardi 21 janvier. Il est intéressant de souligner que cet évènement météorologique n’a pas été d’une grande intensité comme L. Triadou, directeur du Syndicat Mixte du Delta de l’Aude, l’a déclaré (L’Indépendant, 20 janvier) en le qualifiant de l’un des plus banaux qui soient (1 chance sur 2 dans l’année).


   Les eaux de ruissellement des installations Orano Malvési ne sont pas si anodines qu’on ne le

pense. Elles proviennent notamment de la couverture de quelques dizaines de milliers m2 de

l’Installation Nucléaire de Base (INB) ECRIN où sont stockés des déchets radioactifs en grande

quantité et à même des sols. Les eaux pluviales du site comprennent également celles collectées

au niveau de la ceinture souterraine de protection de l’INB. Les toitures des installations du site qui rejette fumées, polluants atmosphériques et poussières d’uranium et dérivés ainsi que les sols

extérieurs contribuent aussi au flux global des eaux pluviales. Après collecte et analyses elles sont

rejetées en milieu naturel (canal de la Robine via le canal de Tauran) si compatibles avec les

prescriptions de rejet ou traitées si dépassements. Selon les déclarations d’autosatisfaction, les

concentrations en polluants des rejets d’eaux non traitées seraient en dessous de valeurs limites.

   Nous émettons de fortes réserves à ce propos car face à des volumes importants d’eau il serait plus pertinent de considérer les flux (quantités) des polluants rejetés notamment des substances

récalcitrantes et susceptibles de s’accumuler dans les milieux récepteurs (uranium, sels

métalliques, ...).


Pourquoi en est-on arrivé à ces rejets intempestifs d’eaux non traitées ?


   Lors de la Commission de Suivi du Site (CSS), 13 janvier 2026 à la Sous-Préfecture de Narbonne,

Orano et la DREAL ont présenté et validé la stratégie de gestion des eaux du site appliquée en

2025 qui s’oriente vers une réduction des prélèvements d’eau industrielle (forage, captage source

Oeillal) avec recyclage interne d’une partie des eaux pluviales. La mise en œuvre de ces nouvelles

pratiques de gestion/réutilisation de l’eau, si louables soient-elles, nécessitent cependant de disposer d’une réserve tampon d’eau suffisante afin de satisfaire aux besoins des procédés de

 fabrication. La saturation des bassins dès le début de l’épisode tend à montrer que leur capacité

disponible n’étaient peut être pas suffisante ou qu’ils étaient déjà pleins ou presque avant. Or des

bassins pleins ne servent plus à rien pour stocker des afflux d’eaux ni empêcher alors des rejets

d’eaux non traitées. Il aurait été judicieux d’anticiper ces risques en réajustant au préalable la capacité réelle nécessaire de stockage des eaux pluviales et les installations adéquates.

   Le déclenchement d’un POI ou la publication d’un arrêté préfectoral après coup (*) paraissent trop décalés en regard des enjeux et de la nécessité d’anticipation et de prévention. Le 18 janvier il était déjà trop tard pour empêcher les problèmes éminemment prévisibles et attendus. L’épisode était parfaitement annoncé en particulier auprès des responsables, autorités et les dispositions adéquates de prévention des risques de débordement auraient dû être anticipées, préparées et

mises en œuvre pour y pallier. Subir un évènement modéré attendu n’est pas acceptable et l’anticiper devrait être un impératif surtout en site SEVESO 2 seuil haut.


« Bioterra sur Veyret »


   Site industriel relevant de la classification ICPE, le centre de traitement des boues d’épuration par compostage Bioterra Narbonne, filiale de Veolia Eau, autorisé à traiter 40 000 t de boues de stations d’épuration et à produire 25 000 t de composts est implanté aux abords immédiats du barrage de Cap de Pla Narbonne et du rec de Veyret. Les installations comprennent un bâtiment de 10 000 m2, une aire extérieure de 10 000 m2 et voirie. Un bassin de 1000 m3 collecte des eaux de ruissellement du site. La haute sensibilité de cette installation industrielle est qu’elle est implantée sur le site du forage d’eau potable Le Ratier (F2) qui alimente des quartiers de Narbonne, en plein périmètre de protection rapproché du forage qui interdit tout rejet polluant.

   Le 18 janvier à 00h30, soit quelques heures à peine depuis le début de l’épisode pluvieux annoncé, le débordement du bassin s’est produit et a été signalé lundi 19 aux autorités qui ont été amenées à prendre un arrêté préfectoral mercredi 21 janvier. La principale prescription est de porter la capacité de 1000 à 1680 m3 dans les 3 mois, ce qui peut paraître comme une mesurette, accompagnée de mesures sur les contrôles analytiques des eaux et la gestion du bassin (vidange, curage). Compte tenu des compétence de la société en matière de traitement d’eaux et de la sensibilité du site, des mesures de traitement des eaux pluviales auraient été judicieuses.

   La lecture édifiante de l’arrêté préfectoral (**) pourrait se résumer en un malheureux constat que tout le monde avait faux dans cette affaire et que ce dysfonctionnement est révélateur de tergiversations et négligences. En effet, après un arrêté préfectoral du 3 août 2023, la DREAL a fait plusieurs demandes : justification de la capacité du bassin, mise en œuvre de travaux d’extension du bassin qui pour diverses raisons n’ont pas été suivies. Et tout cela sur un site manipulant des quantités considérables de boues de station d’épuration, matières à fort potentiel de pollution organique et microbiologique, au cœur du périmètre de protection rapproché d’un forage d’eau potable. Compte tenu du caractère polluant de l’activité et son implantation, il est affligeant voire désespérant de voir que des mesures évidentes et impératives de protection aient autant tardé et pas encore réalisées.


   Ces exemples de risques de deux sites industriels sensibles dont un site nucléaire majeur de la

filière montrent que ce n’est ni la faute à pas de chance ni au changement climatique mais plutôt

que ce serait, aux plus hauts niveaux, des négligences, tolérances, manque d’anticipation, de transparence et d’écoute, qui ont pu contribuer à ces dysfonctionnements. Nos craintes s’étendent à d’autres sites industriels de traitement de déchets du Narbonnais (décharge contrôlée d’ordures ménagères), de stations d’épuration qui subissent des afflux d’eaux qui « lessivent » les bassins de décantation et d’aération et entraînent massivement des polluants organiques, minéraux et microbiens dans les milieux naturels. Les épisodes pluvieux qui vont suivre sont à très hauts risques vu la précarité des installations actuelles.


(*) Arreté préfectoral Orano : https://www.aude.gouv.fr/contenu/telechargement/36477/249865/file/APMU-ORANO_signe_SG_2001.pdf


(**) Arreté préfectoral Bioterra : https://www.audhttps://www.aude.gouv.fr/contenu/telechargement/36519/250206/file/2026-APMU-bioterra-bassinv2_sign%C3%A9_2101.pdfe.gouv.fr/contenu/telechargement/36519/250206/file/2026-APMU-bioterra-bassinv2_sign%C3%A9_2101.pdf


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