Au cinéma : LES RAYON ET LES OMBRES (*)
France – 3h15 – 2026
Un film de Xavier Gianoli avec Jean Dujardin, Nastya Golubeva, August Diehl.

Gestapiste-allons nous revoir leurs successeurs suite aux présidentielles 2027 (image Iphigénie Atridès)
"Il a osé "
Pendant la Seconde Guerre Mondiale, Jean et Corinne Luchaire, sa fille vont évoluer du pacifisme convaincu à la collaboration la plus sordide.
Il faut avoir du courage pour se coltiner à l'écran le thème de la collaboration pendant la guerre.
C'est tellement plus facile de citer des actes héroïques, des actions d'éclat, mais creuser dans les bas-fonds de l'âme humaine et mettre à jour ce que l'individu a de plus immonde, il faut oser.
C'est pourtant ce que fait Gianoli avec audace, témérité et justesse, mais il fallait bien 3h15 pour comprendre comment doucement le trio infernal, Luchaire, père et fille avec Otto Abetz, leur ami va se tourner vers la collaboration avec l'ennemi.
Comment finalement, un journaliste passionné qui veut faire vivre son journal, va consciemment relayer les idées nazies de son ami allemand. Car Jean Luchaire et Otto Abetz ont des arguments pour étayer leur collaboration "il vaut mieux une vache à traire qu'une vache à tuer ".
Pendant que la France est exsangue sous le joug allemand, les Français arrêtés et torturés par les Allemands, Luchaire et sa fille font la fête, boivent du champagne et mangent du caviar. Vu de son fauteuil de cinéma, ces images semblent incongrues, mais insidieusement, le développement de cette pensée nauséabonde s'insinue dans l'esprit de ces hommes que le pacifisme a aveuglés.
Luchaire n'est pas seulement un "collabo", il est aussi un escroc mu par sa soif inextinguible d'argent. Il aime le luxe, il aime l'argent et le pouvoir que celui-ci lui procure. Il tient à faire vivre son journal et pour cela, il lui faut une trésorerie, mais il n'hésitera pas à puiser dans celle-ci pour ses besoins personnels et ceux de sa fille.
Ce film, tellement d'actualité résonne fortement par les temps qui courent et nous savons malheureusement que "le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde." (Bertolt Brecht).
Patricia Renaud pour le Clairon de l’Atax le 20/03/2026
(*) titre tiré du recueil de poèmes de Victor Hugo dans lequel il explique qu'il faut chercher au-delà du manichéisme pour expliquer le comportement humain : « Tout homme sur la terre a deux faces, le bien et le mal. Blâmer tout, c'est ne comprendre rien. Le même être est victime et bourreau tour à tour. »
