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« MURMURATION » de SYLVIE GERMAIN

Éditions Albin Michel, 2026

Magali Dellaporta

Étourneaux sur un fil

« UNE VRAIE MERVEILLE »


   A l‘heure où la littérature se donne comme mission essentielle de dire le monde, où l’écrivain devient greffier ou reporter, le dernier livre de Sylvie Germain affiche un petit air décalé, rebelle à l’air du temps.


   « Murmuration » est, en effet, une célébration en creux d‘une écriture authentiquement adressée à son « frère » lecteur. Œuvre éminemment réflexive sur la magie des mots, mais également sur le danger de s’y laisser enfermer. Le roman met en scène un écrivain qui, insoucieux de la transitivité de son œuvre, dérive vers un formalisme stérile.


   Dès sa tendre enfance, Samuel, le personnage du livre, appréhende l’univers comme un éclatement de sons, un abécédaire musical.

Né dans une famille où le langage est empêché, réduit au quotidien, l’enfant se vit comme un être à part. L’école, par bonheur, lui offre un premier signe de reconnaissance. Avec des amis, affublés de noms de fleuves, ils fondent un club poético surréaliste. Des années plus tard, Samuel entreprend un roman indéfinissable, où les personnages ne sont pas des êtres de fiction mais des « mots - nymphes » sur une page blanche. Le livre, étrangement, rencontre un certain succès.


   Fort de sa réussite, Samuel en produit deux autres, aussi hallucinés qu’hermétiques. Son lectorat, cette fois, ne le suit pas. Dans la foulée, son éditrice refuse de le publier. Commence alors pour ce « naufragé de l’écriture » l’époque des désillusions. A l’échec de ses trois amours s’ajoute celui de sa triade romanesque. Sa vie n’est plus qu’une rêvasserie cotonneuse, une douçâtre dormance qu‘enluminent, de temps à autre, de fulgurantes visions. Ultime joie du vieil écrivain : « la murmuration » infinie des étourneaux à la tombée du jour.


Histoire d’une impasse littéraire.


   L’autrice serait-elle, elle-même, effleurée par cet amour immodéré des mots ? Si Sylvie Germain réfute tout caractère autographique à son roman, force est de constater que l’action s’y avère mineure et le personnage un brin silhouetté.  Cette « vraie merveille » doit se lire  « comme une promenade en forêt, faite de craquements de frissons et de bruits d’oiseaux ».  Voilà pourquoi, sans doute, le roman brille de mille feux, à l’écart des best-sellers, dans le clair-obscur des présentoirs.


Magali Dellaporta pour le Clairon de l’Atax le 03/05/2026


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