La perspective inquiétante des présidentielles 2027
Tandis que le mandat du président Macron s'achève dans le désaveu des Françaises et des Français, et qu'un gouvernement à la légitimité contestable poursuit sa politique libérale, l'afflux des candidatures à sa succesion ne témoigne pas d'un renouveau des moeurs politiques...

Présidents de la République : autoritaire ou démocrate ? (Image Iphigénie Atrides)
La proximité des présidentielles 2027 stimule une effervescence de la communication politique autour d’une trentaine de candidatures déclarées ou potentielles. Quelles que soient les ″sensibilités″ et les ″valeurs″ proclamées par ces candidats ou aspirants à la candidature, il est utile de se rappeler que rien n’est changé en termes de régime et que les institutions de la Vème République qui définissent le pouvoir du président de la République restent en place. Ainsi les Françaises et les Français vont confier au futur président de la République, pour une période de 5 ans, les mêmes prérogatives et un pouvoir quasi discrétionnaire identiques à ceux de ses prédécesseurs.
De plus, les dispositions prises sous Chirac en 2001 afin d'organiser les élections législatives quelques semaines après les présidentielles, visaient à donner au Chef d’Etat nouvellement élu une majorité parlementaire, ce qui renforçait encore son pouvoir.
Mais à l'époque, la possibilité d’un effet inverse avait probablement été sous-estimée. C’est finalement ce qui s’est passé lors des législatives de 2022, qui n’ont donné qu’une majorité relative à la coalition présidentielle, car les réalités avaient progressivement grignoté l’espoir des miracles économiques et sociaux annoncés par le président Macron. La dissolution de 2024 n’a fait que renforcer la défiance des électeurs et la désagrégation du soutien parlementaire au président de la République a encore plus limité son pouvoir d’action.
Dès lors, pour la fin du ″règne″ présidentiel en cours, une gouvernance équivoque, est assurée par un dernier carré de fidèles et/ou d’opportunistes. Elle s’est bâtie sur des artifices qui masquent son manque de légitimité et elle s’emploie à poursuivre, malgré tout les orientations libérales fixées par ce président de la République, rejeté par une majorité de citoyens (cf; : mai 2026 :23 % d’opinions favorables à Macron, sondage Odoxa /Public Sénat) et lâché par la plupart de ses soutiens politiques.
Mais cette situation qui interroge sur la pertinence de conserver des institutions s’avérant de plus en plus inadaptées au contexte actuel, ne semble pas inquiéter, voire dissuader, les candidats. Ceux-ci, hormis Jean-Luc Mélanchon et LFI (*), semblent se satisfaire des institutions de la Vème République, avec pour certains le recours à quelques légers toilettages qui ne remettent par en cause l’organisation du pouvoir présidentiel. Sont-ils fascinés par le pouvoir que leur apporterait l’accès à une telle fonction, ou le pensent-il nécessaire pour mener à bien leur projet politique ? Et quel type de projet politique impliquerait, pour sa réalisation, le recours à un pouvoir autocratique ?
La campagne présidentielle en cours laisse poindre quelques réponses à ces questions. On peut tout d’abord constater en quelle position les candidats tiennent l’électorat
Au vu de leurs campagnes, il s’agit plus de formater son opinion que de l’inviter à un vrai débat. Généralement les candidats s’adressent à leur électorat potentiel en énonçant des slogans ou des pétitions de principe, fondés sur les opinions en cours : cette technique éprouvée provoque plus l’assentiment des auditoires que des débats contradictoires.
Au sein des partis politiques et entre les partis, les tractations pour la désignation des candidatures se font le plus souvent dans l’apparté de groupes restreints, l’avis des militants ne constituant qu’une validation formelle…
De plus, la tromperie se répand entre l’électorat et les candidats, lorsque les propositions démagogiques qui visent à attirer les suffrages sont contredites par la réalité de leur action politique. C’est le cas du grand écart opéré entre les slogans proférés par Marine Le Pen et Jordan Bardella auprès de leur électorat populaire avec la défense systématique par le RN des intérêts patronaux, lors des votes à l’Assemblée Nationale.
Une présidentielle 2027 aux enjeux cruciaux
Dans une configuration nationale et internationale défavorable, le grand patronat français a besoin plus que jamais de retrouver une gouvernance politique assujettie à ses intérêts, comme c’était les cas sous les présidences Chirac, Sarkozy et Hollande. Or la droite libérale, incarnée par le macronisme, les partis du centre ou la gauche sociale-libérale représentée par le PS, s’avèrent ne plus être en mesure de jouer ce rôle.
La logique économique en cours, conduit face à la situation actuelle, faite de conflits armés, de crises économiques sociales et environnementales, à protéger les profits des plus riches en menant une politique libérale plus dure et plus radicale. Actuellement, les candidats d’extrême-droite et particulièrement ceux du RN, apparaissen comme le plus à même de satisfaire cette politique de rigueur propice aux intérêts du grand patronat. Aussi des rapprochements se sont déjà opérés. Par contre, compte tenu du désaveu quasi général du macronisme, il sera dur pour la droite classique, tout comme pour la gauche sociale-libérale, d’y retrouver des soutiens : la danse du ventre des candidats devant l’oligarchie régnante sera compliquée, voire improductive…Dans un tel contexte, il est difficile de découvrir des vertus et des pratiques démocratiques dans la classe politique "aux affaires".
Peut-être faut-il se tourner vers LFI pour retrouver quelques espoirs de démocratie. LFI dispose d’un projet politique complet, incarné par « L’Avenir en Commun », texte soumis au débat de ses militants et sympathisants. Ses propositions constituent une alternative radicale aux thèses libérales. Souvent construites en partenariat avec des chercheurs et des scientifiques, elles témoignent d’un effort de réflexion sans équivalent dans les autres formations politiques. Elles sont portées par des cadres compétents aux personnalités affirmées, qui s’expriment publiquement aux côtés de leur chef de file (**). Reste à voir comment, en cas de victoire, la personnalité de Jean-Luc Mélanchan pourra s’accommoder des contraintes de sa charge.
Quel que soit le vainqueur des présidentielles de 2027, la réalisation des options politiques dont il sera porteur, nécessitera une gouvernance autoritaire pour ″redémarrer″ une société devenue globalement apathique et se souciant peu de l’intérêt commun.
Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 22/06/2026
